CCNE, avis 133, enjeux éthiques des modifications ciblées du génome : entre espoir et vigilance
Dans son avis133, le CCNE rappelle des principes éthiques concernant les modifications du génome et précise des orientations.
Selon ce comité, les progrès des techniques de l’ingénierie qui ont pour objectif la modification des cellules somatiques sont acceptables d’un point de vue éthique, en raison du bénéfice apporté à la santé de l’homme. Ces techniques de modification ciblée des génomes posent toutefois des questions sur la possibilité de transmettre des caractères génétiques modifiés à la descendance. Le CCNE se pose également la question des conséquences possibles de ces modifications dans les écosystèmes.
Trois axes sont présentés dans cet avis :
- Les végétaux et champignons
La modification ciblée du génome de plantes et de champignons est largement utilisée pour générer des variétés plus résistantes à certaines maladies, voire à des modifications climatiques. Les conséquences à long terme de telles modifications sur les espèces, l’écosystème et la santé sont méconnues. Le CCNE préconise que ces produits soient considérés comme des organismes génétiquement modifiés (OGM).
- L’animal
La modification ciblée des génomes au monde animal a pour objectif d’augmenter les potentialités commerciales de certaines espèces, en agissant par exemple sur leur masse musculaire mais également de limiter la transmission de certains pathogènes dont des animaux sont les vecteurs (ex : des modifications ciblées du génome de moustiques vecteurs du parasite responsable du paludisme). En quelques générations toute la descendance peut alors être modifiée. Il est donc important de prendre en compte qu’il existe des inconnues sur les conséquences de ces expérimentations.
- L’humain
Depuis environ quinze ans, il existe des essais cliniques de modification du génome de cellules somatiques. L’objectif est ici de traiter certaines maladies. De nouvelles techniques de modification ciblée (ex : Crispr Cas9) sont apparues et entraînent de nouvelles préoccupations : transmission de caractères génétiquement modifiés à la descendance, apparition d’éventuelles altérations secondaires et de modification du patrimoine génétique de l’humanité, même s’il existe des limites mises en place par la communauté internationale. En France, il est interdit de mettre en œuvre cliniquement des modifications transmissibles du génome. Le CCNE souhaite que soit menée dès maintenant une réflexion éthique au sein de la société afin notamment de « considérer la tension susceptible de se développer entre des intérêts particuliers (avoir un enfant « sain ») et l’intérêt collectif (l’interdiction de l’eugénisme, y compris à travers les concepts de transhumanisme et « d’Homme augmenté ») ».
Ainsi, selon le CCNE, il convient notamment d’encadrer strictement les techniques de modification ciblée du génome lors de leur application au monde du vivant et de prendre en compte les conséquences non maîtrisables ou dramatiques. De plus, il est important de prendre en considération les éventuelles conséquences non maîtrisables, voire dramatiques, comme le bouleversement d’écosystèmes des applications de ces technologies au vivant non humain. Il est essentiel « de considérer comme OGM les plantes, champignons et animaux dont le génome a été ainsi transformé et de leur appliquer en conséquence la législation en vigueur pour les OGM ».
